C’était une journée chaude et ensoleillée sur la côte nord-est du Brésil. Ma famille d’accueil m’avait emmenée à Pipa, une station balnéaire très réputée. Pipa avait le don de réunir les rêves, les fantasmes, les désirs de chacun. Cérès, la mère de famille, me parlait le soir, autour d’un thé bouillant, de sa vie fantasmée à Pipa. Ce qu’elle serait devenue si elle avait choisi d’y habiter, ce que serait sa vie. Pipa était un ancien village de pêcheurs, découvert par les surfeurs, habité par les touristes et les âmes rêveuses. Les dauphins y nageaient dans les eaux aigues-marines zébrées de bancs de sable blanc. La forêt et les falaises sablonneuses bordaient la plage sur laquelle chacun faisait réchauffer sa peau.

Il était 13 heures, et Cérès, préparait une feijoada dans la cuisine. Miguel, le père, et Luna, la fille, discutaient dans la salle à manger. J’attendais sur le balcon, en tapotant frénétiquement mon portable, impatiente de découvrir la plage. Je regardais ces familles qui se ruaient vers cet Eldorado dont Cérès m’avait tant parlé. En maillots de bain, lunettes de soleil sur le nez, bouées à la main, ils s’emboitaient tous le pas, comme d’un commun accord, pour rejoindre le sable, les dauphins, les cocotiers, et toutes ces merveilles que j’avais imaginées. Notre rue donnait sur le front de mer, mais, j’avais beau me pencher, je ne distinguais pas cet inatteignable.

Restaurant de plage à la plage de Pipa au Brésil
La « Plage de l’amour », Praia do Amor, à Pipa, au Brésil

Alors, impatiente, je me mis à écouter, regarder ces gens qui, eux, dévalant ma rue, voyaient l’océan. Depuis les balcons voisins, des effluves de viande grillée, de poisson, de fruits arrivaient jusqu’à mes narines. Les couverts tintaient sur les assiettes et j’entendais le ruissellement du jus de fruits frais qui coulait des carafes. De leurs accents chantants, les parents mettaient en garde leurs enfants sur les dangers des courants et de la nage. Mais eux, riaient, couraient, et leurs rires se mêlaient au voix mélodiques de leurs parents. Ma peau chaude était caressée d’une douce brise, alors que je fermais les yeux. La musique feutrée, étouffée par la chaleur, pris des airs d’opéra quand une bourrasque sablonneuse fit surgir quelques cris aigus.

Et alors que cet orchestre continuait sa symphonie, je me pris à curieusement éprouver une euphorie enivrante. Je me délectais de chaque note : le tempo rapide des pas des enfants, le carillon des verres qu’on entrechoquait, les chœurs des esclaffements d’enfants, les chants des accents mélodieux, la cadence folle des marmites cognées par les louches pour en récupérer le ragoût qui viendrait agrémenter la feijoada. Cette fanfare joyeuse et désorganisée m’emporta dans son tourbillon et je fus prise de vertiges.
Jamais je n’eus entendu mélodie plus heureuse.

Moi qui avais toujours imaginé que les moments les plus heureux devaient être de ceux qui marquent le tournant d’une vie, je réalise que le moment le plus heureux de ma vie ne fut pas celui ou j’aperçue la plage tant convoitée, mais celui où j’écoutais la symphonie de ceux qui s’y rendaient.

Panneau de bienvenue à Praia do Amor, Pipa, Brésil
Praia do Amor, Pipa, Brésil

Les bienfaits de la mer restent perceptibles sans même la voir… Avez-vous, à travers ces lignes, put rêver un peu de votre voyage au Brésil ? Dites-le moi en commentaires ! Et pour découvrir une autre destination à travers les mots, lisez mon récit de voyage d’un Nouvel An surprenant à La Haye, aux Pays Bas !


0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *