Le Costa est pour beaucoup une référence en matière d’écologie et ses paysages de carte postale, de plages sauvages et de jungle luxuriante attirent chaque année de plus en plus de touristes à la recherche de cette proximité avec la nature. Et pour cause, certains chiffres bien connus font rêver : le Costa Rica représente en effet 6% de la faune mondiale alors même que son territoire est plus petit que la Normandie et la Bretagne accolées ! Et c’est sans compter sur le fait que 26% de son territoire est constitué de réserves naturelles protégées, et 52% est constitué de forêt, alors même que ce chiffre peinait à se hisser à 20% dans les années 1980 ! Le Costa Rica fait donc rêver de ses parcs nationaux, ses oiseaux exotiques volant paisiblement, ses poissons colorés, ses tortues olivâtres, ses singes et ses forêts touffues jalonnées de volcans…

Volcan Arenal

C’est incontestable, les chiffres du développement durable du Costa Rica en font un pays admiré dans le monde entier pour sa relation avec la nature, et c’est même la première destination éco-touristique au monde. Mais quelle est la réalité derrière ces chiffres ? Le Costa Rica est-il vraiment un pays écologique ?

Politique écologique au Costa Rica

Depuis les années 1990, le gouvernement du Costa Rica place l’écologie comme l’une de ses priorités. Alors que des pans entiers de forêts étaient encore abattus en 1980 pour faire place à des champs de café, de cacao, ou de bananes, le gouvernement a mis un point d’honneur à arrêter la déforestation. Le long de la côte Pacifique et des Caraïbes, le pays, de ses 1 290 kilomètres de côtes, a placé des règles communes à toutes les plages : pas de feu de camps, pas de plastique ou de déchets, pas de ramassage de coquillages pour laisser une maison aux bernard-l’ermite…

Environnement Costa Rica

D’ailleurs, cette protection de l’environnement est même encrée dans la Constitution du Costa Rica : « Toute personne a le droit à un environnement sain et écologiquement équilibré ». La loi de 1988 relative à la biodiversité marque encore une fois l’attachement du pays aux valeurs écologiques : des aides de l’État pour boiser les parcelles des propriétaires terriens, des éco-taxes sur les carburants, le respect de la vie et l’utilisation durable de la biodiversité y sont actés.

Et le Costa Rica a aussi des plans pour un avenir vert : il est d’ailleurs le premier pays au monde à avoir tracé un plan de décarbonisation, visant à n’émettre plus aucune trace de carbone d’ici à 2050 ! Le plan inclut aussi une disparition du plastique, ce qui en fait le plan écologique le plus ambitieux de la planète verte ! D’ailleurs, le Costa Rica peut d’ores et déjà être fier de fonctionner grâce à une électricité issue à 98,7% d’énergies renouvelables.

Rio Celeste Costa Rica
Le Rio Celeste

En plus de ses prouesses en matière de politique environnementale, le Costa Rica fait office de référence en terme de protection animale. Le parc national du Corcovado réunit d’ailleurs à lui tout seul 2,5% de la faune et la flore mondiale, de quoi encourager les voyages écologiques !

La face cachée de l’écologie costa ricienne

Derrière ces chiffres admirables, sur lequel le Costa Rica base de nombreuses campagnes publicitaires à coups de slogans « pura vida », se cachent d’autres données, sur lesquelles le pays semble se faire plus discret. Par exemple, saviez-vous que le Costa Rica était le pays au monde qui utilise le plus de pesticides ? Il se classe en effet grand premier, avec 22,9 kilos de pesticides par hectare, loin devant l’Israël, deuxième sur le podium, avec 15,4 kg/ha. La faute à plusieurs cultures, notamment celle de l’ananas, dont le Cota Rica est le premier producteur mondial, et qui a même multiplié ses surfaces de production par quatre ces dernières années. Une des conséquences de cette agriculture est la contamination de plusieurs nappes phréatiques.

Pesticides Costa Rica

Autre fait venant entacher la capitale mondiale du vert, le traitement des eaux usées laisse encore à désirer. Seuls 14% sont traitées, et 70% sont contenues dans des fosses septiques, venant parfois polluer l’environnement. Pour améliorer sa politique concernant les eaux usées, le Costa Rica a fait entrer dans la législation un plan d’assainissement des eaux usées, avec pour but d’atteindre une gestion saine des eaux d’ici à 2045.

Alors, le Costa Rica, un pays écologique ?

Le Costa Rica est indéniablement un pays pionnier de la protection de l’environnement, et c’est d’ailleurs l’un des premiers à l’avoir ajouté dans sa loi, alors que la question écologique était encore loin d’être au centre des discussions. Pourtant, certains faits, notamment le fait d’être le premier utilisateur de pesticides au monde, viennent entacher l’admirable prouesse écologique. Et donc, l’image d’un paradis écologique que les touristes ont est trompeuse : elle leur a été soufflée par le Costa Rica lui-même dans sa politique touristique, mais suppose une sorte de perfection environnementale, qui n’est pas en accord avec la réalité.

Ecologie Costa Rica

Pourtant, considérer le Costa Rica comme un pays très écologique n’est pas une erreur, mais il faut comprendre que son ambitieux effort écologique entamé dans les années 1980 n’est pas terminé, que l’environnementalisme du petit pays d’Amérique centrale est encore en transition, et que les erreurs sont vouées à être corrigées, comme le prouve le plan de décarbonisation annoncé par le gouvernement.


2 commentaires

Murat nathalie · 14 mai 2020 à 2 h 11 min

Intéressée également par ce pays et ses valeurs en matière de protection de l’environnement j’ai aussi un peu creusé, si ça vous intéresse je rajoute quelques infos🙂. D’accord sur le fait qu’il y a encore bcp de zones sombres tels :
les pesticides et l’agriculture intensive (sous couvert de corruption avec les états unis qui implantent des entreprises à haut rendement ☹️),
des prévisions d’exploitations de ressources (eau, électricité, minerais…) dans le sud du pays, le projet Puebla-colombia, sans prise en compte de l’environnement et de la population locale(indigène)
Des deboisements( zone caraïbe à limon) et delocalisation sur 80 ha pour la construction d’un 2me terminal portuaire
Des constructions ecotouristiques dans la zone du guanacaste en delocalisant la population locale pour très peu de compensation financière, habimant l’environnement notamment la mangrove pour exploiter au max sur les plages et avec une politique salariale parfois pas du tout éthique ( ex hôtel four Season qui empêche ces salariés locaux de regarder les clients droit dans les yeux☹️)
Pas de plan écologique sur la gestion des parcs nationaux ( chaque parc a sa propre gestion donc quelques dérives…(ex: Manuel Antonio qui menace d’être fermé malgré la restriction du nombre de touriste, passée à 600 max par jour…->constat de bcp de problème de santé des animaux notamment diabète dû aux touristes qui les nourrissent malgré les interdictions☹️) difficulté à gérer ce tourisme de masse….
Recyclage: seuls 9% des déchets sont recyclés
Sur les bons points notes en plus :
Pas de centrale nucléaire
Suppression des zoos (il n’en reste qu’un qui sera supprimé bientôt)
Création d’un tribunal de l’environnement bien que un plus drastique pour les petits exploitants contre les grands…
Pas d’exploitation du pétrole (pour l’instant🙄🙂)
Investissement dans les énergies renouvelables : en 2018, le pays a réussi à s’alimenter en électricité pendant 300 jours de suite sans utiliser la moindre énergie fossile ou nucléaire
2035: 70% des bus devraient être électriques
Zones protégées : Chirripo, Corcovado, la Amistad contrairement à Manuel Antonio.
Université d’agriculture écologique connue dans le monde entier : étudiants du monde entier qui viennent se former et rapportent les savoirs faire dans leur pays

Voilà ce complément bien-sûr si cela vous interesse.
Merci pour votre commentaire et bilan qui enrichie également ma recherche et très heureuse de voir des personnes également sensibles à cette problématique lors de voyage.
Je suis allée ensuite au Panama et suis actuellement en Colombie et de loin le Costa Rica a une politique très avancée en matière de préservation de l’environnement.
J’espère que la crise economique actuelle ne le fera pas basculer du mauvais côté…

Merci encore pour votre partage.
Salutations
Nathalie

    AdélaÏde · 16 mai 2020 à 10 h 42 min

    Merci beaucoup Nathalie de votre contribution et de ces informations très intéressantes !

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